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Un élevage

samedi 19 août 2017

(le narrateur vient de parler d’un hibou, avec lequel il veut dormir). Je m’endormais dans ses battements d’ailes, et bientôt, j’avais eu des poules. C’était mon histoire fantastique, ça, ma gloire d’enfance. J’avais acheté à sept ans mon premier couple vingt francs à des voisins paysans – mais pas un couple stupide de grosses poules contre lesquelles papa m’avait sévèrement mis en garde. « Tu sais, Chichi, pour les industriels, c’est pas intéressant, des poules qui couvent. Parce que pendant vingt-et-un jours minimum, elles ne pondent plus. Du coup, on les empêche de couver depuis cinquante ans, et elles ont complètement perdu l’instinct... Les poules naines l’ont toujours. C’est elle qu’il faut que tu élèves, comme ça tu auras des petits. » J’avais bientôt eu mes premières couvées, un tas de poussins, et des poules et des coqs nains partout dans la cour, presque sauvages, qui volaient aussi bien que des merles et allaient se percher dans les pins au loin. Je les observais sans arrêt. J’en étais cinglé. Leurs attitudes, leurs odeurs – je savais tout. Je les faisais chanter sur demande, j’avais inventé un cri de ralliement pour qu’elles accourent, et je bouffais leur grain qui était excellent. De temps en temps, j’oubliais de fermer la porte du poulailler. A ce moment-là la fouine s’en chargeait, vingt, trente, quarante cadavres égorgés le lendemain, mes tragédies que papa balayait : « Pierre, il élève surtout les fouines... ».

Pierre Souchon, Encore vivant, 2017

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