Les villes passagères

Accueil > Évry > SombrEvry, par Mehdi Ali

SombrEvry, par Mehdi Ali

lundi 1er avril 2019, par Anne Savelli

« Bon, je vous explique le chemin. Ne vous inquiétez pas, il est simple. Vous devrez y consacrer au moins 30 minutes de votre vie.
Donc dès que vous êtes prêt, sortez de chez vous, ouvrez cette porte rouge brillant, prenez les escaliers, courez vers cette porte vitrée pour sortir et ainsi apercevoir, souvent, ce temps gris, qui vous agresse dès le matin, et ce froid qui vous cloue et donne envie de retourner à votre lit, chaud et douillet. Arrêtez de penser et marchez vers ce bâtiment imposant.
Entrez dans cette gare, c’est un conseil, c’est un raccourci, ça vous permet d’éviter d’être en retard, en parlant de retard, courez dès que vous voyez un bus à l’extérieur, sinon, profitez de la chaleur. Prenez n’importe quel bus, ne vous préoccupez pas de son chiffre, tant qu’il ne vous échappe pas. Entrez dans ce véhicule, validez, c’est important, allez à la place la plus au fond et asseyez-vous. Pour éviter de vous ennuyer, sortez un livre, ou votre téléphone portable, si vous n’avez pas l’envie de vous divertir, regardez dehors, admirez ces grands bâtiments à perte de vue. Vous passerez devant cette belle petite église au premier arrêt, puis un collège un peu trop grand, des bâtiments collés, sombres, ou encore ces arrêts, sans lumières, un peu pixélisés, et des gens, plein de personnes, qui entrent, dans ce bus long – où il fait souvent, ou, trop chaud, ou trop froid et qui accélère, freine, tourne toujours trop brusquement – n’ont jamais d’expression, vous vous demanderez, s’ils sont morts de l’intérieur, ne vous inquiétez pas, vous êtes comme eux, mais vous ne le remarquez pas.
Normalement, vous devrez vous arrêter à l’arrêt juste après, mais ce jour-là, le bus ne s’arrêtera pas, ce temps gris, deviendra noir, le soleil s’obscurcira jusqu’à disparaître, tout comme les gens dans ce bus. Un moment, tu seras seul face à cette porte, noir, mais lumineuse, ton regard sera fixé plus bas, vers cette poignée, dorée, tu sauras que ce n’est pas de l’or, car tu vois que ça rouille, cependant, la poignée te force à l’ouvrir, en grossissant. Ouvre cette porte, tu ne vois rien, car tu fermes les yeux et tu sautes, ne pense à rien, tu es libre, tu sens le vent qui t’agresse délicatement et le vide en dessous de toi qui t’accompagne, tu entends aussi ce cri, ton cri silencieux. Enfin, maintenant, tu le sens le sol qui te retiens, respire, n’oublie pas, ça arrive quand on a peur.
Dès que tu te sens prêt, ouvre ces yeux, ouvre-les un par un, doucement, ne regarde pas autour, juste capte la lumière, qui est pour toi, inexistante, tu peux maintenant découvrir cette pièce, ou ce monde, tu le vois, il est sombre, comme cette porte d’en haut, mais il ne brille pas, il est juste noir, j’espère que tu n’as pas peur du noir, car tu vois que ça, sauf les bâtiments, les mêmes d’en haut, qui nuancent, mais qui sont quand même tamisée, n’hésite pas à tourner, car vers ce bâtiment, à côté de la gare se trouve une porte vitrée, entre et monte les escaliers au première étage, tu vois une porte, qui brille, oui tu sais quelle porte c’est, cette porte rouge, avant de l’ouvrir, je tiens à te dire que tu n’es pas prêt. Maintenant je t’oblige à l’ouvrir cette porte, tu ouvres cette porte et tu vois une lumière aveuglante, donc tu fermes les yeux.
Maintenant tu ouvres les yeux, tu vois quoi maintenant ? Oui, tu me vois, et tu vois le monde ordinaire. Que s’est-il passé ? Une bonne question que je vais répondre :
Sais-tu comment fonctionne l’imagination ? »

Messages

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.