Rio de Janeiro : Invisible Euridice

(image d’entrée de billet : Fernanda Montenegro et Karim Aïnouz)

Ce sont deux sœurs – au début du film, elles jouent, s’amusent, elles n’ont pas vingt ans – elles aiment rire (ce sont les débuts des années cinquante)

Ensemble et liées

c’est une belle histoire – dans le langage un peu suranné de la distribution de cinéma, on appelle ça un mélodrame (on ôtera « drame » si on veut être un peu plus cynique ou désabusé) – c’est un film brésilien (réalisé par un homme qui vit en Allemagne – Karim Aïnouz) (le Brésil, ces temps-ci, a quelque chose de malade – mais comme toute la planète, certes – l’ordure y est au pouvoir tandis que l’Australie flambe) un film qui se passe à Rio

(le pain de Sucre à Rio est comme le Prado à Madrid ou la Cannebière à Marseille) une si belle histoire : deux sœurs que tout unit et qui ne se reverront plus…

L’une, Guida l’aînée, s’en va – amoureuse d’un marin grec nommé Iorgos… L’autre, Euridice, donc, continue avec son amour de la musique et du piano

Très probablement ce qui l’aide à tenir et à vivre sans cette relation avec Guida
Tout au long du film, et la musique et Guida qui écrit des lettres à sa soeur

« tout mon amour de la part de la fille et de la sœur qui vous aime infiniment »…

et à ses parents, mais ceux-ci ne les donneront pas à Euridice, sa sœur (en amorce, de dos, le père, Euridice et la mère, muette…)

Les lettres continuent

« très heureuse avec Iorgos… »

mais en fait, non : pas heureuse du tout.

Lorsque, seule, Guida revient

enceinte

son père l’envoie paître – lui fait croire que sa sœur n’est plus à Rio – il la jette dehors, fourre quelques billets plus humiliants encore dans son corsage et la chasse de chez lui, parce qu’elle n’a pas de mari et que ce qu’elle porte en son ventre est une honte pour la famille (on aura compris).

Euridice joue du piano, mais se marie

avec Antenor (est-ce un bon parti ?)

probablement assez choisi par son père. Mais reste le piano

une merveille, le destin des deux filles, parallèle (comme le montage des deux histoires), une merveille – Euridice enceinte tandis que Guida après turpitudes de femme seule en pays patriarcale (en diable : le monde entier…) trouve une amie

Filomena (propriétaire d’une petite maison) – elle l’aide à élever son enfant – turpitudes des deux femmes seules, le monde entier…
Et puis…
Euridice cherchera à retrouver sa sœur, fera appel à un détective – mais non.

On aimerait tant qu’elles parviennent à se rencontrer – au fond de l’image, dans le trouble et son caraco jaune, c’est Guida qui passe tandis que Euridice au miroir ne se retourne pas (elle l’aurait vue…). On aurait tant aimé…

La merveille cependant, la vraie merveille du film (il en compte tant…), je crois, c’est la séquence où Euridice passe le concours (du conservatoire).

Elle est de dos, le piano sur la scène l’attend.

(on tremble toujours pour les actrices – un jury composé uniquement d’hommes) les actrices, les acteurs, on tremble toujours pour eux : y parviendront-ils ?

C’est là la vraie magie du cinéma

de ce cinéma-là (celui qu’on aime), sa vraie magie c’est de faire arriver les choses

qui n’existent pas dans la vraie vie (mais est-ce sûr que ce soit celle-là, la vraie ?) (oui, au fait, laquelle est-ce ?)

Euridice s’est mariée, joue du piano et danse avec sa soeur, Euridice danse

oui, danse Euridice, danse…

Elle sera reçue, il y aura d’autres péripéties, d’autres errements, d’autres égarements…

« j’avais découvert ce que voulait dire être une femme seule dans ce monde… »

Un mélodrame.

Montage cut.
Ni fondu, ni noir. Cut

Le temps n’existe pas (comme pour l’inconscient) : c’est que le cinéma est né en 95 comme la psychanalyse. L’une des plus grandes actrices du Brésil (et donc du monde) (plus télévision) (admirable)

« Tu ne peux pas imaginer combien tu m’as manquée »

à qui on rend les lettres écrites par sa sœur cinquante ou soixante ans plus tôt…

De nos jours.

Une vraie merveille (et bien sûr qu’on pense à Douglas Sirk, notamment ce « Mirage de la vie » (1959) – titre original « Imitation of life »).

La vie invisible d’Euridice Gusmao, un film de Karim Aïnouz – image magnifique : Hélène Louvart
Distribution : Euridice âgée : Fernanda Montenegro
Euridice jeune : Carol Duarte
Guida : Julia Stockler
Filomena : Barbara Santos
Le père : Antonio Fonseca
La mère : Ana Gusmao
Anténor (l’époux d’Euridice) : Grégorio Duvivier

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